Textes glanés

Il était une feuille


Il était une feuille avec ses lignes
Ligne de vie
Ligne de chance
Ligne de cœur.
Il était un arbre au bout de la branche.
Un arbre digne de vie
Digne de chance
Digne de cœur.
Cœur gravé, percé, transpercé,
Un arbre que nul jamais ne vit.
Il était des racines au bout de l'arbre.
Racines vignes de vie
Vignes de chance
Vignes de cœur.
Au bout des racines il était la terre.
La terre tout court
La terre toute ronde
La terre toute seule au travers du ciel
La terre. 

Robert Desnos



LA VOIX DE LA FORÊT 

Ecoute-les. 

Chaque arbre a sa voix dans le vent.

 Le tronc muet confie au feuillage vivant 

Le secret souterrain de ses sourdes racines. 

La forêt tout entière a une voix divine. 

Ecoute-la. 

Le chêne gronde et le bouleau 

Chuchote, puis se tait quand le chêne, plus haut, 

Murmure ; l'orme gémit ; le frisson du saule, 

Incertain et léger, est presque une parole, 

Et, fort d'un âpre bruit et d'un souffle marin, 

Mystérieusement se lamente le pin. 

Henri De Régnier


Feuille rousse, feuille folle

Feuille rousse, feuille folle
Tourne, tourne, tourne et vole !
Tu voltiges au vent léger
Comme un oiseau apeuré.
Feuille rousse, feuille folle !
Sur le chemin de l’école,
J’ai rempli tout mon panier
Des jolies feuilles du sentier.
Feuille rousse, feuille folle !
Dans le vent qui vole, vole,
J’ai cueilli pour mon cahier
La feuille rousse qui dansait.

Lucie Fillol

Automne

Dans le brouillard s’en vont un paysan cagneux
Et son boeuf lentement dans le brouillard d’automne
Qui cache les hameaux pauvres et vergogneux

Et s’en allant là-bas le paysan chantonne
Une chanson d’amour et d’infidélité
Qui parle d’une bague et d’un coeur que l’on brise

Oh! l’automne l’automne a fait mourir l’été
Dans le brouillard s’en vont deux silhouettes grises

Guillaume Apollinaire


 Chanson d’automne

Les sanglots longs 

Des violons

 De l'automne 

Blessent mon coeur

 D'une langueur Monotone. 

Tout suffocant 

Et blême, quand 

Sonne l'heure, 

Je me souviens 

Des jours anciens 

Et je pleure 

Et je m'en vais 

Au vent mauvais 

Qui m'emporte 

Deçà, delà, 

Pareil à la 

Feuille morte.

Paul Verlaine


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Remarque : Seul un membre de ce blog est autorisé à enregistrer un commentaire.